Depuis la fin de l’année 2025, DJI a profondément modifié sa manière de commercialiser ses drones en Europe. La possibilité de faire évoluer certains modèles de la classe C0 vers la classe C1 a disparu avec l’arrêt définitif de la procédure de reclassement. Désormais, lorsqu’un utilisateur souhaite bénéficier d’un drone C1, il doit directement acheter la version C1 proposée par le constructeur.
Sur le papier, cette évolution paraît logique. Dans la pratique, elle soulève pourtant de nombreuses interrogations.
La fin du reclassement C0 vers C1
Pendant plusieurs années, certains drones DJI pouvaient être achetés en classe C0 puis être convertis officiellement en C1 grâce à une procédure proposée par le constructeur. Cette possibilité a pris fin en décembre 2025.
Depuis, DJI commercialise directement des versions C1 de ses nouveaux drones, comme le Lito X1 ou encore le Mini 5 Pro. Ces modèles sont vendus plus cher que leurs homologues C0, leur principal avantage étant de ne plus être limités électroniquement à 120 mètres au-dessus du point de décollage lorsque la réglementation autorise une hauteur supérieure.
Jusqu’ici, rien d’anormal, c’est lorsqu’on s’intéresse aux caractéristiques techniques et aux accessoires que les choses deviennent beaucoup moins claires.
Une certification C1 basée sur une masse maximale
La certification européenne C1 ne concerne pas uniquement un modèle de drone. Elle s’applique à une configuration précise validée lors de la certification. Cette configuration comporte notamment une MTOM (Maximum Take-Off Mass), autrement dit une masse maximale au décollage que le drone ne doit pas dépasser.
- Dans le cas du Lito X1 C1, cette MTOM est de 340 grammes.
- Pour le Mini 5 Pro C1, elle est fixée à 355 grammes.
Ces valeurs sont publiques et font partie intégrante de la certification.
Le Mini 5 Pro n'échappe pas au problème
Posons la chose à plat et regardons le poids des différents éléments du drone:
Le total atteint 296 grammes.
La MTOM C1 est de 355 grammes, ce qui laisse une marge de seulement 59 grammes.
Vous en avez surement entendu parler, sachant que lors de la sortie de ce drones, tout le monde avait mis en avant ces protections. DJI a même prévu un espace dédié dans le sac de transport vendu avec les différents pack combo. Ces fameuse protections d’hélices ne sont pas vendues par DJI pour l’Europe mais elles sont en ventes et cela reste assez simple de ce les procurer sur le web, via les diverses boutiques spécialisées.
Ces protections d’hélices officielles pèsent environ 100 grammes, le résultat est sans appel, avec cet accessoires le drone dépasse le poids légal autorisé par les normes, affichant un total de plus de 450 grammes !
Le cas du Lito X1
Les caractéristiques du Lito X1 sont particulièrement intéressantes.
L’ensemble atteint donc déjà 296 grammes.
Il ne reste plus que 44 grammes avant d’atteindre la MTOM autorisée de 340 grammes.
Or les protections d’hélices officielles (non vendues en Europe) représentent environ 47 grammes chacune, soit 94 grammes au total.
Le calcul devient alors très simple.
| Élément | Poids |
|---|---|
| Drone sans batterie | 178 g |
| Batterie Plus | 118 g |
| Sous-total | 296 g |
| Protections d’hélices | +94 g |
| Masse totale | 390 g |
| MTOM C1 | 340 g |
| Dépassement | 50 g |
Le drone dépasse donc la masse maximale autorisée par sa certification de cinquante grammes.
Et ce n'est même pas la configuration la plus lourde
Le problème ne s’arrête pas aux protections d’hélices, car dans la vie réelle, très peu de télépilotes utilisent un drone totalement nu.
Une carte microSD ajoute quelques grammes, un filtre ND en ajoute également, certains utilisent un support de balise, une protection de nacelle renforcée ou encore d’autres accessoires. Pris individuellement, ces éléments paraissent insignifiants, mais additionnés, ils augmentent encore une masse qui dépasse déjà la MTOM lorsque les protections d’hélices sont installées.
Autrement dit, certaines configurations parfaitement plausibles conduisent un drone vendu comme C1 à dépasser largement la masse maximale de sa certification.
Une communication qui manque de clarté
Il ne s’agit pas d’affirmer que DJI commercialise des produits non conformes, certains accessoires ne sont pas à la vente dans leur boutique officielle, en revanche, il est légitime de s’interroger sur la manière dont ces accessoires sont présentés.
Lorsqu’un constructeur met en avant des accessoires officiels compatibles avec un drone, beaucoup d’utilisateurs supposent naturellement que leur utilisation reste compatible avec la certification du produit.
Or, dans le cas présent, les calculs montrent que ce n’est manifestement pas toujours le cas.
Une information beaucoup plus explicite sur les conséquences réglementaires de ces accessoires aurait probablement évité bien des interrogations, et le message distribué par les divers influenceurs qu’ils ont reçu gratuitement de la part de DJI, devrait insister sur ces ambiguïtés règlementaires !
Le seul véritable avantage du modèle C1 ?
Aujourd’hui, la principale différence entre les versions C0 et C1 de ces drones semble être la limitation d’altitude. La version C1 permet de voler au-delà de 120 mètres lorsque la réglementation locale l’autorise, alors que la version C0 reste bridée électroniquement.
Pour le reste, les utilisateurs découvrent qu’ils ne peuvent pas toujours profiter librement des batteries Plus, que certains accessoires ne sont même pas distribués en Europe et que d’autres peuvent faire sortir le drone de sa configuration certifiée.
Cette situation donne parfois le sentiment que la certification C1 est devenue autant un argument commercial qu’un véritable avantage technique.
Une question que DJI devrait clarifier
Au final, la question est assez simple.
Si la MTOM certifiée est de 340 ou de 355 grammes, pourquoi commercialiser ou promouvoir des accessoires officiels qui conduisent à dépasser largement cette limite sans l’expliquer clairement ?
Une réponse officielle de DJI permettrait probablement de lever une grande partie des interrogations des pilotes européens.
En attendant, chaque propriétaire d’un drone C1 gagnerait à vérifier le poids réel de sa configuration avant le décollage. La présence d’un accessoire officiel ne signifie pas automatiquement que la configuration utilisée reste conforme à la certification européenne du drone.





